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Anniversaire de Maïakovski

Vladimir Maïakovski (Владимир Маяковский), né le 19 juillet 1893 et mort il y a précisément 96 ans, le 14 avril 1930, demeure l'une des figures les plus imposantes et tourmentées de la poésie russe : son parcours incarne une fusion totale entre l'art et la révolution, marquée par une soif d'absolu.

Géant au propre comme au figuré, il a révolutionné la poésie en brisant les formes classiques pour imposer un rythme saccadé, une langue de la rue et une typographie en escalier qui hurlait sa modernité. Pourtant, derrière la voix tonitruante du poète de la place publique se cachait une sensibilité vulnérable et une solitude profonde, illustrant la tragédie d'un créateur dont l'idéal s'est heurté à la rigidité de la réalité politique et à ses propres tourments amoureux.

 

L'œuvre de Maïakovski est un océan de formes diverses, allant de la poésie lyrique aux pièces de théâtre satiriques comme La Punaise ou Le Bain, sans oublier ses affiches de propagande pour l'agence Rosta où il maniait le slogan avec une efficacité redoutable. Parmi ses recueils et poèmes majeurs, on retient souvent « La Flûte des vertèbres » ou «Un Nuage en pantalon », des cris d'amour et de révolte qui ont marqué le futurisme russe. Il a consacré sa plume à la célébration de la révolution, comme dans son poème « Lénine », tout en explorant les méandres de l'âme humaine face au monde moderne.

 

Sa vie privée a été marquée par un ménage à trois resté célèbre dans l'histoire littéraire. À partir de 1915, il s'installe chez Lili et Ossip Brik. Lili fut sa muse absolue, la destinataire de presque tous ses poèmes d'amour, malgré une relation tumultueuse et complexe où la passion côtoyait la souffrance. Il a également aimé d'autres femmes, notamment l'émigrée russe Tatiana Yakovleva à Paris, à qui il a dédié des vers enflammés, et l'actrice Veronika Polonskaïa, qui fut la dernière personne à le voir vivant.

 

Sur le plan de l'amitié et de la collaboration, Maïakovski était au cœur de l'avant-garde : il a partagé ses débuts avec David Bourliouk qui l'a littéralement poussé à écrire en le déclarant génie. Il entretenait des rapports de respect mêlés de rivalité avec d'autres géants de son temps, comme Boris Pasternak, Sergueï Essénine ou Igor Severianine. Son cercle était composé d'artistes, de peintres comme Rodtchenko et de poètes qui, comme lui, voulaient jeter le passé par-dessus bord pour inventer une langue nouvelle. Cette vie intense, entourée d'admirateurs et de détracteurs, n'a pourtant pas suffi à combler le vide intérieur qui l'a mené au geste fatal d'avril 1930.

 

Son poème de 1913 intitulé « Et vous, sauriez-vous ? » est un manifeste éclatant de son génie : à travers ces quelques vers, Maïakovski défie le quotidien gris et monotone en transformant des éléments triviaux en visions épiques, son caractère novateur résidant dans cette capacité futuriste à transfigurer la laideur urbaine en objet poétique. Le poète ne cherche plus la beauté dans les fleurs ou les étoiles, mais sur les écailles d'un poisson en étain. La chute finale, qui interroge la capacité du lecteur à jouer un nocturne sur une flûte faite de tuyaux de gouttière, est une métaphore de la mission de l'artiste : extraire le sublime du mécanique et du banal ; et c'est également une invitation brutale et lyrique à réinventer le regard sur le monde…

 

 

D'une estafilade de peinture

j'ai zébré le jour morne d'un élan,

j'ai fait surgir d'une infâme mixture

le glorieux visage de l'océan.

 

Sur l'écaille d'un poisson d'étain

j'ai lu l'appel de lèvres nues

Et vous,

souffleriez-vous

dans les rets des caniveaux urbains

le chant d'un nocturne impromptu ?

 

 

À lire chez Vibration éditions, entre autres :

Vladimir Maïakovski, Un Nuage en pantalon, traduit du russe par Elena Bagno et Valentina Chepiga, 2019

Igor Sévérianine, Poésies choisies, traduit du russe par Valentina Chepiga, 2020

Serguei Essénine, Poésies choisies, traduit du russe par Florian Voutev et présenté par Michel Niqueux, 2025

 
 
 

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