Flingué
- Vibration éditions

- 10 janv. 2025
- 3 min de lecture
Roman de Vincent Tielemans.
Collection FICTION.
Extrait :
La boîte à bijoux
Les portes s’ouvrent. Sarah sort de l’ascenseur, dépose la clef de sa chambre à la réception puis traverse le hall de l’hôtel d’un pas lent. Elle ne sort jamais sans le flingue. Il reste dans le fond de son sac, calé entre son agenda et un stick de rouge à lèvres. Elle a réservé un vol pour Essaouira. Son avion décolle dans trois heures, elle part pour une dizaine de jours. Dans la matinée, elle a appelé sa sœur Mathilde qui ne comprend rien à tout ça, et estime que le moment est plutôt mal choisi pour péter les plombs et se barrer loin de tout. Elle a aussi élaboré un plan pour se débarrasser du flingue.
Quant à moi, j’avais reçu, pendant la nuit, un message m’informant qu’elle comptait passer me voir en coup de vent dans l’après-midi. Je me trouvais dans le jardin quand j’entendis claquer ses escarpins sur les dalles devant l’entrée. Je la laissai sonner et patienter jusqu’à ce qu’elle se décide à faire le tour par le côté de la maison. Je ne sais pas si je commence à développer un sixième sens en prenant de l’âge, mais j’ai pu deviner son étonnement de me trouver là, les genoux plantés dans le sol, à griffer et à remuer la terre dans les parterres de fleurs. Le soleil s’écrasait dans mon dos comme une bouillotte éclatée.
— Luc ? Mais qu’est-ce que tu fais ?
— Hé Sarah ! Ben là tu vois, je m’occupe un peu, il fait beau, alors j’en profite, je lui ai dit, feignant de ne pas l’avoir entendue s’approcher. Elle semblait sidérée.
— Écoute Luc, je n’ai pas beaucoup de temps, tu peux m’accorder cinq minutes ? Il faut que je te parle, c’est assez urgent.
— Ok pas de soucis, c’est d’ailleurs pour ça que tu es là. Je voulais faire une pause justement. Tu veux une bière ?
Elle leva les yeux au ciel en guise de refus. Je sentais déjà son agacement. Deux traits d’eye-liner sublimaient son regard. Son impatience me coupait le souffle.
— Attends, ne bouge pas, je lui ai fait en me frottant frénétiquement les mains, je prends une bière et je reviens.
On s’est posés sur la terrasse. D’ici, je pouvais admirer le boulot accompli, je peux vous dire que le jardin avait pris un sacré coup de neuf. Sous le soleil de juin, ça rendait vraiment bien. Elle n’attendit pas longtemps pour m’annoncer son départ pour Essaouira. Je restai pétrifié un instant, les yeux accrochés dans les hauteurs, cherchant une lueur d’espoir ou un signe des dieux.
— C’est super, je lui ai dit en serrant les dents. Ça te fera le plus grand bien.
Elle me demanda si j’avais une solution pour son retour. Savoir surtout si je serai parti de la maison. J’ai répondu qu’elle n’avait pas de soucis à se faire, que j’avais trouvé une issue, qu’il n’y avait aucun problème. J’ai liquidé ma bière d’un trait. Je craquais de partout. Elle se leva, je faillis me décrocher la mâchoire en apercevant le haut de ses cuisses.
— Je peux aller aux toilettes avant de partir ?
— Je t’en prie ma belle, je lui ai répondu en remettant ma mâchoire en place. Ça m’était sorti tout naturellement, mais je crois qu’elle n’avait pas fait gaffe puisqu’elle était déjà entrée dans la maison.
— Et ne fais pas attention au désordre, je m’occuperai de ça avant ton retour !
Le plan qu’elle avait soigneusement mis en place pour se débarrasser du flingue était d’une simplicité enfantine. Elle envisageait de le planquer dans la maison, un endroit sûr, c’est pourquoi elle avait prévu de monter à l’étage en arrivant ici. Un plan qui lui permettrait de le récupérer ni vu ni connu à son retour. J’avais déjà un pied sur la première marche lorsqu’elle descendit les escaliers.
— Mais pourquoi t’es allée là-haut ? Il y a des toilettes en bas.
— Je voulais récupérer ma boîte à bijoux dans la chambre, tu sais, celle de ma mère.
Elle me la montra, la plongea dans son sac. Me gratifia d’un large sourire. Il fallait qu’elle parte. Je l’ai raccompagnée jusqu’à sa voiture, lui ai dit de prendre soin d’elle. Je n’ai pas demandé si elle partait avec son mec. Elle a filé sous le soleil.
Je suis rentré, j’ai allumé une cigarette et je me suis assis devant la table de la cuisine, seul comme un con.
Seul comme au premier jour.
ISBN : 978-2-490091-93-5
18€.




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