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Où va la poésie ?

Germain Roesz

Collection Essai Littérature


Une image.

Commençons par une image qui commence par un mot. Nous sommes un monde (une bulle parfois) dans le monde, nous sommes aussi un monde qui fait monde face au monde. Il y a des points de tangences, de recouvrements avec le territoire de l’autre. C’est à ce point tendu, cité, et qui montre aussi le poing, que nous touchons cet écart que toujours fait la poésie.

écrire sur ce qu’est la poésie est d’une ambition démesurée. écrire sur la poésie c’est, au départ, proposer une infinité de questions et se les poser sans cesse.

Qu’est-ce que la poésie ? Qu’est-ce qui qualifie la poésie ? La poésie est-elle originelle (originale) ? A-t-elle une forme ? à quoi bon encore des poètes (Hölderlin) ?

À cette dernière question Christian Prigent évoque « la vieille taupe sommée d’exhiber ses certificats de civisme, de dire son rôle ». Il ajoute : « la question n’est donc pas d’abord : ‘à quoi ça sert ?’ (dans le secret, dans la marginalité quasi aphone, ça ne saurait de toute façon… servir) – mais :  ‘Pourquoi y a-t-il quand même ça, ça plutôt que rien (plutôt que seulement le tout-venant qui occupe les boutiques et les tréteaux médiatiques) ? » 

Cette question est essentielle qui tient compte de ce que la réalité (dans son flux informationnel) propose comme satisfaction, comme norme, comme codification, comme nivellement, et que la poésie met à distance (se doit de mettre à distance pour approcher l’essence).

Nombreux sont les poètes, les critiques, les essayistes qui ont tenté de définir la poésie, de la saisir, de voir de quels espaces elle procède, où elle se situe, ce qu’elle combat, etc. Mais, peut-être bien qu’écrire sur la poésie c’est s’écarter d’elle, c’est la circonscrire et la perdre de vue !


Pour ma part je l’aborde par une suite de questions qui n’engagent que moi.

Où va la poésie ? Où est la poésie ? Que fait, que nous fait la poésie ? 

Dans un premier temps je voudrais interroger la légitimité que j’ai (ou que je n’ai pas) pour parler de la poésie. Je suis poète  et je suis peintre. Je peux donc éventuellement parler de la peinture que je fais, de la poésie que j’écris et que je dis. Je peux parler de la poésie en comparant ce que je fais à d’autres formes de poésie (et il y en a des centaines). Je peux encore chercher dans l’histoire ce qu’elle est, ce qu’elle fut pour éventuellement en tirer une quelconque définition. Je pourrais encore me mettre à une hauteur qui observerait ce qui se joue, se forme, se fabrique dans la poésie d’aujourd’hui en marquant ce qui me singularise (ou me différencie), ou parler juste de ce qui m’intéresse. Mais au fond, vous n’en sauriez pas davantage. En aucun cas je ne donnerai une définition de la poésie parce que cela n’existe pas. Pas de définition, juste un chemin dans une subjectivité assumée. Je pourrais, en ce sens, partir de l’ouvrage (sous la direction de Gérard Pfister) « La poésie c’est autre chose » (ce mot que l’on doit à Eugène Guillevic) qui donne 1 001 définitions de la poésie. Le titre est d’ailleurs évocateur qui dit d’emblée qu’à chaque fois, qu’à chaque énonciation, qu’à chaque tentative de définition il y a comme un écart qui se fait, qui distingue ce que nous sommes comme poète et comme lecteur.

Souvent la poésie est définie par ce qu’elle n’est pas. Angélica Freitas, poète brésilienne qui pratique le googlage (une sorte de réactualisation du collage dadaïste) l’exprime dans un poème La poésie n’est pas.


la poésie n’est pas une chose idiote

la poésie n’est pas une option

la poésie n’est pas que du langage

la poésie n’est pas 


Elle prend le contre-pied de ce qu’on croit être la poésie. Elle ne le fait pas avec un accent de vérité mais plutôt avec humour, pour faire réfléchir le lecteur à ce que pourrait être une poésie ouverte et renouvelée.


la poésie n’est pas faite pour être comprise

la poésie n’est pas une science exacte

la poésie n’est pas une arme


En fait elle énumère tout ce qu’elle est aussi tout en disant ce qu’elle n’est pas. C’est cette mécanique des contraires qui permet d’approcher une singularité et une profondeur poétique.


la poésie n’est pas un choix

la poésie n’est pas, ne veut pas être une marchandise

« la poésie n’est pas une force d’assaut.

c’est une force d’occupation. »


Elle vise un territoire qui est celui des poètes et des lecteurs. Elle vise à construire un avenir pour la poésie. Elle le fait avec le constat de ce qui a été cru et qui maintenant est achevé.


les gens ne comprennent pas toujours que la poésie

n’est pas

un pur divertissement, une plaisanterie littéraire

inconséquente 


Une chose encore est à relever. La définition est soit ce qui fait tout valoir comme poésie pour chacun d’entre nous, soit qu’elle produit des coteries, des clans, des ensembles qui se reconnaissent et font front à d’autres fronts.

De l’individualisme totalitaire au totalitarisme du clan il y a peut-être une autre voie.


ISBN  : 978-2-490091-38-6

17€


 
 
 

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