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Marina Koprov

Marina Koprova (Марина Копрова) est née à Novomoskovsk, dans la région de Toula. Elle est diplômée de la filiale de l'Institut de technologie et de chimie de Moscou (actuellement Université de technologie et de chimie de Russie) de Novomoskovsk. Programmeuse de profession, elle a travaillé à Obninsk, Novomoskovsk et Moscou. Elle écrit des poèmes depuis son enfance. Lauréate du XVe festival de la chanson d'auteur Sur les îles Solovki dans la catégorie « Poète », ainsi que de l'édition 2018 du concours de déclamation La Parole de Tsvetaeva, organisé par la Maison-musée Marina Tsvetaeva, elle a également participé au séminaire d'Aliocha Prokopiev* dans le cadre du projet « Paul Celan ». Elle vit actuellement en Russie, à Pouchkino, dans la région de Moscou.

 

*lire les poèmes d’Aliocha Prokopiev :

 

Le cycle poétique « Contenir » (2026) se déploie comme une méditation métaphysique sur le fardeau et la grâce de la condition de poète, dont l'unique tâche est de « contenir », d’embrasser l’immensité du monde et d’en absorber les fêlures. Entre le silence d’une guerre invisible et la pureté d'un paysage lacustre, la poésie de Marina Koprova oscille entre l'exil intérieur, incarné par la figure farouche de l'ours, et une quête ardente de désaliénation.

 


Contenir

 

Blumenmuskel, der der Anemone

Wiesenmorgen nach und nach erschließt,

bis in ihren Schooß das polyphone

Licht der lauten Himmel sich ergießt…

R. M. Rilke, Les Sonnets à Orphée

 

Tel un ours du Kamtchatka privé de sa banquise…

Marina Tsvetaeva

 

1

contenir

dit le poète

 

l’unique tâche

 

la mi-lueur du voile crépusculaire

le sifflement des moustiques

la pénombre voyante des bois

 

et le grondement de la guerre

silencieux

radioactif

 

...

au-delà du lac

on voit les feux

dans l’eau, l’étoile

 

et l’avion qui quitte l’aéroport de cheremetievo

si lentement

si joliment

comme toujours

 

 

2

contenir

mais tel l'ours sur sa banquise

qui n’est pas plus blanc qu’une corneille

et avale les picotements des distances

 

avale un souffle de liberté

loin des rêves de tanière

et de la fosse aux loups

 

un mirage aux airs de kamtchatka

inhale-le

mais retiens-le à l'expire

goûte à la fumée

sans croire aux douceurs

te fondant dans l'amble des nuages

 

 

3

libère-toi des tentations du sang

c'est lourd de sens

tu es à toi-même prisonnier et bourreau

prométhée

et usurpateur

 

mais à la fin du jour

tends vers l’innommé

vers l’anémone

qui fermera ses pétales

et déliera tes mains

qui te serraient les tempes

 

 

4

un petit lac des bois et personne autour

le miroir fait osciller les portraits des pins

et des jeunes sapins

des bouleaux à la toison d'or

 

il fait bouger les nénuphars blancs

comme s’il les berçait

et élève les triangles des canards

 

si lentement

comme si

les tâches mineures étaient résolues

pour toujours

et qu'il n'en restait qu'une seule

à contenir

 
 
 

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