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Éclats de vie et de silence

Valériï Lipnévitch (Валерий Липневич).

 

Valériï Lipnévitch est poète, critique, traducteur, essayiste et romancier né à Minsk en 1947. Auteur de quatre livres de poésie : L’Herbe et la Pluie (1977), Le Silence (1989), Planète Inconnue (1998), L’Arbre et la Rivière (1988). L’un des auteurs de Temps X (1989), et de l’Anthologie du vers libre russe (1990). Vers le russe, il a traduit du biélorusse les grands poètes tels que Ryazanov, Bondar, Geniush ; du géorgien, Mchedluri ; du kurde, Charkazyan ; de l’allemand, Rilke ; de l’anglais, Roethke. Auteur de prose : Ève, rends-moi la côte ! (2013), Dans le fauteuil sous le pommier (2023).

Les poèmes de Valériï Lipnévitch explorent les instants fugitifs de la vie, où le calme et le frisson se mêlent, où le temps, l’amour et la solitude se révèlent dans de petites scènes intimes. Ils parlent de la beauté fragile des choses simples - le souffle du vent dans les arbres, le balancement d’une jeune fille, la chute de la neige ‒ et de notre rapport à l’éternité et à la perte, et proposent un voyage à travers les sensations, le passage du temps et la conscience profonde de la vie, toujours présente malgré l’ombre de la mort et la fugacité de nos moments.

 

 

***

piqûre froide des étoiles

est noire

la succion du vide

 

je me blottis contre celle que j’aime

et le monde se calme

 

l’abîme du ciel

trouve son équilibre

dans le gouffre d’une femme

 

 

***

d’un pas vif

à peine un balancement des hanches

une jeune fille marche

 

Dans cet « à peine »

se tient une force retenue

 

ainsi dans le pouls

est retenue la paix de vivre

 

ainsi dans l’oscillation claire du pendule

est retenue la puissance invincible du temps

 

la jeune fille, une horloge vivante

où chacun de nous

vient lire son heure

 

 

***

où va le peuplier en mai ?

 

comme son silence est fier

et dans le feuillage seulement

un froissement de pas

un froissement de pas…

 

quand à l’automne

les feuilles

se poseront autour comme des traces

tu verras

que lui aussi

piétinait sur place

 

 

***

qu’importe le nom ?

 

deux cœurs

battent dans la poitrine

l’un dedans à gauche

l’autre dehors à droite

 

et la jouissance

sauvage

belle jusqu’à la honte

murmure la vie

comme une goutte du toit

qui annonce le printemps

 

 

LA DERNIÈRE NEIGE

 

Un flocon épais

tombe dans une flaque,

boit aussitôt sa noirceur

et disparaît.

 

Comme un duvet de peuplier,

sans se soucier

de leur forme parfaite,

tombent indifféremment

des myriades de flocons.

 

L’eau les attend.

Valait-il la peine

de tant soigner

l’unique,

le singulier,

la beauté ?

 

Tout ce qui nous rend

durant un instant

comparables

à l’éternité.

 

 

 

TOUJOURS VIVANTS

 

Nous réussissons.

Nous perdons des amis.

 

Nous trouvons une femme.

Nous perdons l’amour.

 

Nous faisons nos valises.

Nous perdons la liberté.

 

Nous amassons de l’argent.

Nous perdons le cœur.

 

Les années s’accumulent.

Le temps s’en va.

 

Sans temps,

sans cœur,

sans amour…

 

Et pourtant

nous vivons encore.

 

Comment ?

 

À quoi bon ?


Traduction : Valentina Chepiga

 
 
 

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