Éclats de vie et de silence
- Vibration éditions

- 18 mars
- 2 min de lecture
Valériï Lipnévitch (Валерий Липневич).
Valériï Lipnévitch est poète, critique, traducteur, essayiste et romancier né à Minsk en 1947. Auteur de quatre livres de poésie : L’Herbe et la Pluie (1977), Le Silence (1989), Planète Inconnue (1998), L’Arbre et la Rivière (1988). L’un des auteurs de Temps X (1989), et de l’Anthologie du vers libre russe (1990). Vers le russe, il a traduit du biélorusse les grands poètes tels que Ryazanov, Bondar, Geniush ; du géorgien, Mchedluri ; du kurde, Charkazyan ; de l’allemand, Rilke ; de l’anglais, Roethke. Auteur de prose : Ève, rends-moi la côte ! (2013), Dans le fauteuil sous le pommier (2023).
Les poèmes de Valériï Lipnévitch explorent les instants fugitifs de la vie, où le calme et le frisson se mêlent, où le temps, l’amour et la solitude se révèlent dans de petites scènes intimes. Ils parlent de la beauté fragile des choses simples - le souffle du vent dans les arbres, le balancement d’une jeune fille, la chute de la neige ‒ et de notre rapport à l’éternité et à la perte, et proposent un voyage à travers les sensations, le passage du temps et la conscience profonde de la vie, toujours présente malgré l’ombre de la mort et la fugacité de nos moments.
***
piqûre froide des étoiles
est noire
la succion du vide
je me blottis contre celle que j’aime
et le monde se calme
l’abîme du ciel
trouve son équilibre
dans le gouffre d’une femme
***
d’un pas vif
à peine un balancement des hanches
une jeune fille marche
Dans cet « à peine »
se tient une force retenue
ainsi dans le pouls
est retenue la paix de vivre
ainsi dans l’oscillation claire du pendule
est retenue la puissance invincible du temps
la jeune fille, une horloge vivante
où chacun de nous
vient lire son heure
***
où va le peuplier en mai ?
comme son silence est fier
et dans le feuillage seulement
un froissement de pas
un froissement de pas…
quand à l’automne
les feuilles
se poseront autour comme des traces
tu verras
que lui aussi
piétinait sur place
***
qu’importe le nom ?
deux cœurs
battent dans la poitrine
l’un dedans à gauche
l’autre dehors à droite
et la jouissance
sauvage
belle jusqu’à la honte
murmure la vie
comme une goutte du toit
qui annonce le printemps
LA DERNIÈRE NEIGE
Un flocon épais
tombe dans une flaque,
boit aussitôt sa noirceur
et disparaît.
Comme un duvet de peuplier,
sans se soucier
de leur forme parfaite,
tombent indifféremment
des myriades de flocons.
L’eau les attend.
Valait-il la peine
de tant soigner
l’unique,
le singulier,
la beauté ?
Tout ce qui nous rend
durant un instant
comparables
à l’éternité.
TOUJOURS VIVANTS
Nous réussissons.
Nous perdons des amis.
Nous trouvons une femme.
Nous perdons l’amour.
Nous faisons nos valises.
Nous perdons la liberté.
Nous amassons de l’argent.
Nous perdons le cœur.
Les années s’accumulent.
Le temps s’en va.
Sans temps,
sans cœur,
sans amour…
Et pourtant
nous vivons encore.
Comment ?
À quoi bon ?
Traduction : Valentina Chepiga




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