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Unsi Joue avec Rita

Conte bilingue français-arabe


Qui est Rachid El-Daïf ?

Rachid El-Daïf est né en 1945 à Zgharta au Liban-Nord où il obtient son bac au lycée gouvernemental. Il quitte son village natal pour se spécialiser en lettres arabes à l’Université Libanaise de Beyrouth. Après l’obtention de la licence, il quitte le Liban pour Paris où il prépare, à l’Université Sorbonne III, une thèse de doctorat 3e cycle sur la critique moderne appliquée au recueil de poèmes de Badr Šākir al-Sayyāb, Unšūdat al-mațar (Le chant de la pluie). Il obtient un magister en linguistique puis il entreprend des recherches sur l’uniformisation linguistique au Liban en vue d’un doctorat d’état. De retour au Liban, il est nommé professeur de littérature arabe depuis 1974. Actuellement, il est professeur de littérature arabe à l’Université Américaine de Beyrouth.


Ses premiers écrits sont des poèmes dont certains ont été publiés dans des journaux libanais tels Ğarīdat al-ğarīdat ou Al-Nahār avant d’être rassemblés dans un recueil qui sera publié sous le titre Ḥīna ḥalla al-sayf ‘alā al-ṣayf, (L’été au tranchant de l’épée, 1979). Deux autres recueils de poèmes suivront puis il abandonne cette voie au profit du roman. Plus de vingt romans seront publiés entre 1980 et 2023 : Lā šay’a yafūq al-waṣf (Rien n’est indescriptible, 1980), Unsī yalhū ma‘a rītā (Unsī joue avec Rīta, 1982), Al-mustabidd (Le tyran, 1983), Fusḥa mustahdafa bayna al-nu‘ās wa-al-nawm (Passage au crépuscule, 1986), Ahl al-ẓill (L’Insolence du serpent, 1987), Taqaniyyāt al-bu’s (Techniques de la misère, 1989), ġaflat al-turāb (L’éboulement), 1991), Ayy ṯalǧ yahbiṭ bi-salām (Neige et paix, 1993), ‘Azīzī al-sayyid kawabāta (Cher Monsieur Kawabata, 1995), Nāḥiyat al-barā’a (Du côté de l’innocence, 1997), Lirninġ inġliš (Learning english, 1998), Tiṣṭfil Meryl Streep (Qu’elle aille au diable Meryl Streep, 2001), ’Insi al-sayyāra (Fais voir tes jambes Leïla, 2002), Ma‘bad yanğaḥ fī Baġdād (Le musicien et le calife de Bagdad, 2004) ‘Awdat al-almānī ’ilā rušdihi (Le retour de l’Allemand à la raison, 2005), OK ma‘a al-salāma (Ok, va en paix, 2008), tablīṭ al-baḥr (Carrelage de la mer, 2011), hirrat Sikrīda (La minette de Sikrīda, 2013), ’Alwāḥ (Tableaux, 2016), Ḫaṭa’ ġayr maqṣūd (Erreur involontaire, 2019), Al-’amīra wa-al-ḫātam (La princesse et l’anneau, 2020), Al-wağh al’āḫar li-al-ẓill (L’autre face de l’ombre, 2022)... Après de nombreux prix littéraires, il remporte, en octobre 2023, le prix Mohamed Zafzaf du roman arabe lors du 44e Moussem culturel international d’Assilah du Maroc.


Dans un entretien avec Kamāl al-Riyāḥī en février 2017, Rachid El-Daïf déclare : Je dis à mes étudiants : n’écrivez pas beau (ḥelū ), mais écrivez juste (ṣaḥīḥ)… j’écris ce qui m’est agréable sans chercher à transformer mes personnages en symboles ou en archétypes.

Plus loin il se demande : Comment se fait-il que la lecture des écrits des géants de la littérature arabe me soit toujours aussi agréable après mille ans ?

Et de répondre : parce qu’ils contiennent les germes de l’immortalité .

Serait-ce donc ce germe d’immortalité que Rachid El-Daïf chercherait à apprivoiser ?


Dans Unsi joue avec Rita, l’élément moteur qui semble gouverner l’économie narrative de ce conte, est le merveilleux : une veine que nous retrouvons aussi ici ou là dans la production romanesque de Rachid El-Daïf avec plus ou moins d’intensité. Exploiter ce filon pose déjà le problème de la dualité et des rapports entre le romanesque et le merveilleux, entre le réel et l’imaginaire, entre le concret et l’abstrait, entre une chose et son image.

Dans cette introduction liminaire à l’œuvre de Rachid El-Daïf, nous nous limiterons à une présentation succincte du merveilleux dont le miroir, le téléviseur et le dessin sont des instruments mis à son service pour développer des sujets quasi existentiels.

Pourquoi le merveilleux ? Parce qu’il est intemporel, qu’il traverse les âges et les frontières, qu’il frappe l’imagination et qu’il flirte avec l’universel.

En effet, le merveilleux n’a pas de nationalité. Dans les contes, il est intrinsèquement lié à des objets magiques qui président à son avènement, tel l’anneau, la lampe, le tapis, la baguette ou le miroir. Le cas échéant, la télévision remplit essentiellement cette fonction.

Ce qui semble intéresser hautement Rachid El-Daïf dans Unsi… est de relever le comportement de ses personnages lorsqu’ils se trouvent aux frontières entre le réel et l’imaginaire ; consigner leurs réactions sans objectif, dit-il, d’en faire des figures iconiques ou des archétypes.

Or, il n’est pas besoin de démontrer que l’univers des enfants se prête bien à cette exploration. Ainsi, Unsi ou Rita, deux personnages de ce texte, ont un âge où les frontières entre le réel et l’imaginaire ne sont pas établies.

Sous cet éclairage, la scène où un éléphant sort sa main de la télé pour prendre une banane qu’Unsi lui offre procède de cette thématique de frontières imprécises que l’on verse au chapitre du merveilleux. Il en va de même du merveilleux présent dans le conte de Tala et qui met en scène une amitié réciproque entre une fille et des nuages.

Ainsi, cette situation aux frontières de deux entités opposées ou simplement différentes constituerait l’essence de ces graines d’immortalité disséminées dans le patrimoine culturel romanesque hérité des géants conteurs arabes. Ces germes d’immortalité, Rachid El-Daïf en est persuadé, défient le temps et ne vieillissent pas. Pour cela, il les cherche pour les injecter dans ses romans en les actualisant. Cette veine se retrouve dans Ma‘bad yanǧaḥ fī baġdād (Le musicien et le calife de Bagdad), ou Al-’amīra wa-al-ḫātam (La princesse et l’anneau), et Rachid El-Daïf de revendiquer la paternité de l’héritage arabe avouant avoir puisé certains événements de ses romans dans les prodigieuses œuvres du Xe s. : kitāb al-aġānī (Le livre des chansons) d’Abu l-Faraj al-Isfahâni et/ou murūǧ al-ḍahab (Les prairies d’or) d’Al-Mas’ûdi.


Le merveilleux du conte recèle donc les germes de l’immortalité et, du coup, il touche à l’universel. Aussi, devient-il très intéressant de relever que Rita, l’amie des nuages, aurait en France une sœur jumelle, Juliette, dans le conte occitan pour enfant intitulé : La nívol pichona (Le petit nuage ), et Unsi, traversant l’écran pour rejoindre le monde de l’autre côté, trouverait en Tom Baxter, un frère jumeau aux États-Unis, dans le film réalisé par Woody Allen : La rose pourpre du Caire, où l’acteur emprunte le chemin inverse d’Unsi, sort de l’écran, rejoint le monde réel et établit le contact entre deux mondes contigus.

Ainsi, le conte Unsi joue avec Rita présente des personnages placés aux frontières de deux mondes et animés d’un ardent désir d’évoluer dans l’un comme dans l’autre. Le merveilleux dépend de leur réussite.


Naoum Abi Rached 

Professeur d’arabe

Université de Strasbourg


ISBN : 978-2-490091-97-3

18€

 
 
 

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