Andrey Gritsman
Andrey Gritsman (Андрей Грицман) est poète, écrivain et médecin, il vit à New York. Grandi à Moscou, il réside aux États-Unis depuis 1981. Il a vécu dans tout le pays et s'est profondément imprégné de sa culture, ce qui l'amène à écrire dans les deux langues. Auteur de plus d'une dizaine d'ouvrages en russe et en anglais, il est également le créateur et rédacteur en chef de la revue de poésie INTERPOEZIA (www.interpoezia.org) fondée en 2002. Ses poèmes, essais et nouvelles ont été traduits dans plusieurs langues européennes et figurent dans de nombreuses anthologies. Il est le fondateur et l'animateur d'une série de lectures poétiques à New York. Selon la célèbre classification d'Akhmatova, il préfère : les chats, le café, Mandelstam.
Vous pouvez lire d’autres poèmes d’Andrey Gritsman dans le recueil collectif de vingt-trois poètes, chez Vibration éditions : Regards libres. Poètes russophones contemporains, paru en septembre 2026, où il a été traduit en français par Marek Mogilewicz.
La sélection que nous vous proposons rassemble des pièces d'une poésie intime et nomade marquée par le sentiment d'exil et le passage du temps. Entre le silence suspendu du printemps américain, la superposition de l'histoire antique et du tourisme moderne au Colisée, et les feux follets des routes du Texas réveillant la mémoire d'un père lointain, Andrey Gritsman capte la solitude de l'homme contemporain. Dans la traduction de Valentina Chepiga.
Tôt au printemps
À Lilia Gazizova
Les arbres ne disent rien.
Il est encore trop tôt.
Mais déjà, il n’y a plus de neige.
Les chats se figent aux fenêtres.
Ils aperçoivent au loin
Ce qu’il m’est impossible
De voir et de savoir.
Seul dans ma voiture,
Je rumine.
Pas de réponse.
Et c’est bien comme ça. À quoi bon ?
Tout cela est infondé.
Inneigé.
Les arbres ne disent rien.
Il est encore trop tôt.
Le Colisée
Géométrie de la mort.
Ovale désolé.
Lèvres de pierre.
Pain rassis.
Chant du vent
s’envolant
vers les oliviers du souvenir.
Entrelacement, déplacement.
Crépuscule dans la vallée.
Méli-mélo touristique le jour,
cimetière de pierre la nuit.
Mais dans l’air il y a du sel
sur la terre de Carthage,
du sel près de Massada.
Voiles tendues,
mises à l’aveuglette.
Impasse. Chiens de garde
des Césars morts.
Sieste assoupie.
Ombres italiques dans le jardin de pierre et
pâtes fraîches,
recette antique de la sauce.
Le soleil, impitoyable, grille généreusement,
fond aveuglément le masque
sur le visage du guide
issu d’une tribu berbère
inconnue,
vêtu d’un maillot Totti.
Les feux de Marfa
Les feux mélancoliques des petites villes du Texas
Âmes vacillantes des cavaliers massacrés
Sur la prairie infinie sans nom qui s’enfonce dans le néant
Terre de personne, sang noir sous la terre
Petites bourgades texanes Marfa, Moscou, Odessa
Feux sauvages de noms lointains venus du cosmos
Comme des graines tombées sur un champ sauvage
Je l’ai vu filant à 100 km/h sur la route du néant
En venant de nulle part jusqu’à ce que brille à l’horizon la planète Houston
Des feux follets m’éclairaient le dos
Et au petit matin j’ai rêvé que mon père m'appelait
Ce père que je n’avais pas vu durant sept ans soviétiques
À mon réveil mon père a appelé sept ans plus tard
Et j’ai entendu ma propre voix
Et il s’est assuré que c’était bien moi
Le fils unique
Né juste après la guerre
Et j’ai emporté en moi ce feu follet
Qui vacille entre mes omoplates
Je me demande ce qu’il deviendra
Et où il ira quand je ne serai plus là
Traduction du russe par Valentina Chepiga.





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