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Andrey Gritsman

il y a 6 jours
3 min de lecture

Andrey Gritsman (Андрей Грицман) est poète, écrivain et médecin, il vit à New York. Grandi à Moscou, il réside aux États-Unis depuis 1981. Il a vécu dans tout le pays et s'est profondément imprégné de sa culture, ce qui l'amène à écrire dans les deux langues. Auteur de plus d'une dizaine d'ouvrages en russe et en anglais, il est également le créateur et rédacteur en chef de la revue de poésie INTERPOEZIA (www.interpoezia.org) fondée en 2002. Ses poèmes, essais et nouvelles ont été traduits dans plusieurs langues européennes et figurent dans de nombreuses anthologies. Il est le fondateur et l'animateur d'une série de lectures poétiques à New York. Selon la célèbre classification d'Akhmatova, il préfère : les chats, le café, Mandelstam.

Vous pouvez lire d’autres poèmes d’Andrey Gritsman dans le recueil collectif de vingt-trois poètes, chez Vibration éditions : Regards libres. Poètes russophones contemporains, paru en septembre 2026, où il a été traduit en français par Marek Mogilewicz.

 

 

La sélection que nous vous proposons rassemble des pièces d'une poésie intime et nomade marquée par le sentiment d'exil et le passage du temps. Entre le silence suspendu du printemps américain, la superposition de l'histoire antique et du tourisme moderne au Colisée, et les feux follets des routes du Texas réveillant la mémoire d'un père lointain, Andrey Gritsman capte la solitude de l'homme contemporain. Dans la traduction de Valentina Chepiga.

 

 

Tôt au printemps

                   À Lilia Gazizova

 

Les arbres ne disent rien.

Il est encore trop tôt.

Mais déjà, il n’y a plus de neige.

Les chats se figent aux fenêtres.

Ils aperçoivent au loin

Ce qu’il m’est impossible

De voir et de savoir.

Seul dans ma voiture,

Je rumine.

Pas de réponse.

Et c’est bien comme ça. À quoi bon ?

Tout cela est infondé.

Inneigé.

Les arbres ne disent rien.

Il est encore trop tôt.

 

 

Le Colisée

 

Géométrie de la mort.

Ovale désolé.

Lèvres de pierre.

Pain rassis.

Chant du vent

s’envolant

vers les oliviers du souvenir.

Entrelacement, déplacement.

Crépuscule dans la vallée.

Méli-mélo touristique le jour,

cimetière de pierre la nuit.

Mais dans l’air il y a du sel

sur la terre de Carthage,

du sel près de Massada.

Voiles tendues,

mises à l’aveuglette.

Impasse. Chiens de garde

des Césars morts.

Sieste assoupie.

Ombres italiques dans le jardin de pierre et

pâtes fraîches,

recette antique de la sauce.

Le soleil, impitoyable, grille généreusement,

fond aveuglément le masque

sur le visage du guide

issu d’une tribu berbère

inconnue,

vêtu d’un maillot Totti.

 

 

Les feux de Marfa

 

Les feux mélancoliques des petites villes du Texas

Âmes vacillantes des cavaliers massacrés

Sur la prairie infinie sans nom qui s’enfonce dans le néant

Terre de personne, sang noir sous la terre

Petites bourgades texanes Marfa, Moscou, Odessa

Feux sauvages de noms lointains venus du cosmos

Comme des graines tombées sur un champ sauvage

Je l’ai vu filant à 100 km/h sur la route du néant

En venant de nulle part jusqu’à ce que brille à l’horizon la planète Houston

Des feux follets m’éclairaient le dos

Et au petit matin j’ai rêvé que mon père m'appelait

Ce père que je n’avais pas vu durant sept ans soviétiques

À mon réveil mon père a appelé sept ans plus tard

Et j’ai entendu ma propre voix

Et il s’est assuré que c’était bien moi

Le fils unique

Né juste après la guerre

Et j’ai emporté en moi ce feu follet

Qui vacille entre mes omoplates

Je me demande ce qu’il deviendra

Et où il ira quand je ne serai plus là


Traduction du russe par Valentina Chepiga.

 
 
 

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