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Youlia Kokochko

1 sept.
3 min de lecture

Youlia Kokochko (Юлия Кокошко) est née à Sverdlovsk. Elle est diplômée de la faculté de philologie de l'Université d'État de l'Oural Gorki ainsi que des Cours supérieurs de scénaristes et réalisateurs. Lauréate du Prix Andreï-Bely en 1997 pour sa prose et du Bajov en 2006 également pour sa prose, elle est l'auteure de dix livres. Parmi ses œuvres en prose figurent notamment Défiler. Prendre le cor (Shestvovat'. Prikhvatit' rog, 2008), La fumée et le sable me surveillent (Za mnoy sledyat dym i pesok, 2014) et Sous le pont et sur le pont (Pod mostom i nad mostom, 2016). En poésie, elle a publié Crépuscule. Cher laitier (Sumerki. Milyy molochnik, 2018), La radio au-dessus du bourg Joies Incomplètes (Radio nad mestechkom Nepolnye Radosti, 2019), Tracés de la ville De Passage (Nachertaniya goroda Mimo, 2021) et Là-bas, plus près de la nuit (Tam zhe, blizhe k nochi, 2024). Ses poèmes ont été publiés dans des revues russophones telles que Vozdoukh, Novy Bereg, Oural, Kommentarii et Formaslov. Elle est membre de l'Union des écrivains de Russie.

 

Le poème que nous vous proposons aujourd’hui est une méditation mélancolique et fragmentée sur la vulnérabilité humaine, la finitude de l'existence et l'inévitable transition du bel été lumineux vers la pénombre de l'automne. À travers l'atmosphère feutrée d'un hôpital, la poétesse déploie un univers poétique singulier où le quotidien le plus trivial s'entrelace avec une poésie pure et ù le monde cherche désespérément un sens à la douleur.

 

 

***

La longueur du chemin du manuel de conversation

enjoué de l'été – vers les accrochages acides et la médisance de l'automne

– est inconnue. L’entrain s’assied, l’avenir

trébuche sur ce qui a été piétiné. Peut-être la route

a-t-elle été rongée par des animaux affamés sans apaiser leur appétit ?

Et la couche picturale, rongée par les touches des pertes tragiques,

la moisissure de l’amour sans retour, les plumes

rattrapant les retardataires... En cas de choc, on a placé

ici un panneau de signalisation  « Hypocondrie ».

De plus, le pavé s’étire sous les fenêtres de l’hôpital,

vers lequel filent sans cesse des sirènes qui ont troqué

leur chant séduisant contre des hurlements, et leur corps d’oiseau

contre celui, flanqué de blanc, d’une gazelle : bandé d’une bande sanglante, une croix sur le capot.

Et si ce n’est pas notre vie qui a vacillé

à cet instant, un été de plus s'est à coup sûr enfui loin de nous.

 

Et que sont les fenêtres de l'hôpital, sinon des coupes de chagrins ?

Non pas des hydries étreignant les larmes, mais, d'une troisième main,

un secours, pour une issue meilleure. Dans celles qui sont béantes, on bat le rappel des ragots,

bien que la pensée, le dit et l'entendu coïncident-ils vraiment ?

Ou bien, en s'abaissant vers le terrestre, prennent-ils une mauvaise tournure ?

 

Pour une voix d'été, on en compte cinq, grinçantes,

fêlées, ferrailleuses.

Figurez-vous, je me souviens du goût de tous les plats

Que j'ai eu la chance de manger en cet été merveilleux !

Je ne sais tout simplement pas quoi faire de ce cauchemar. Je-ne-sais-pas !

Ici, tout le monde me cache quelque chose ! J'en suis presque sûre,

vous vous êtes appelés et vous avez bargainé ! Vous êtes de mèche !

Vous aussi, vous vous souvenez de chaque mets qui vous a rempli

en cet été merveilleux…

Comprends-moi, je n'ai pas autant d'argent que ce que demande

ton opération. Espérons que dans la prochaine vie,

tu auras bien plus de chance. Plus mes finances sont minces,

plus ta seconde vie, heureuse, est proche.

Puis-je me changer en petite renarde et tous les duper ?

Tu vois comme tout est blanc ici ? Tu peux

te changer en mouette et t'envoler vers la mer Blanche.

 

Un vent miséricordieux a ouvert les arbres-bibliothèques

et en a étripé les feuilles, pour y trouver des réponses éternelles

à des questions sans réponse et les projeter dans les châssis de l'hôpital.

Mais les feuilles arrachées – sans doute pour la rime –

sont vierges et pures, et dans le fond, blanches elles aussi… Ou bien

couvertes de lignes secrètes, de lettres aveugles,

et la pluie viendra pour révéler ce qui est écrit ?

Abandonnée dans l'herbe, une trottinette électrique

en libre-service répétait plaintivement toutes les quelques minutes :

relevez-moi, s'il vous plaît ! Relevez-moi…

Perché sur la roue, un pigeon au plumage de neige méprisait

ses prières. Et se transformait en esculape à la blouse blanche,

venu s'étendre au grand air pour souffler loin des malades

obsédants et fastidieux. Et il demandait aux pierres qui pavaient

le chemin : alors, vous aussi vous avez rampé jusqu'au dernier

soleil pour chauffer vos vieux os ?


Traduction, de Valentina Chepiga

 
 
 

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