Olga Logoch
- Vibration éditions

- 21 juil.
- 3 min de lecture
Olga Logoch (Ольга Логош) est poète, prosatrice et traductrice. Diplômée de l’Université d’État de Saint-Pétersbourg et du Collège universitaire français, elle est titulaire d’un master en histoire. Elle a grandi à Saint-Pétersbourg et vit désormais à Haïfa.
Elle est l'auteure des recueils de poèmes Dans les eaux de bruyère (=В вересковых водах, 2011), La Forêt en vol(=Лётный лес », 2018), La Trompette du silence (=Труба тишины, 2025), ainsi que de recueils de traductions poétiques depuis l’italien et le français vers le russe. Ses poèmes et ses traductions ont été publiés dans de nombreuses revues, notamment Air (= Воздух), Arion (=Арион), Traduction (=Перевод), La Nouvelle Rive (= Новый берег), Deux-points (=Двоеточие ), Futurum Art (=Футурум Арт), Le Pont flottant (=Плавучий мост), LiTERRAtura (=Лиterraтура), Articulation (=Артикуляция), Le Non-contemporain (=Несовременник), The New Review, Shamrock Haiku Journal, Inknagir Literary Magazine, etc. Elle a également publié des traductions de poèmes de Philippe Jaccottet, Paul Éluard, Czesław Miłosz, Pietro Romano, Bob Dylan et d’autres auteurs français, polonais, italiens et américains en russe.
Rédactrice de la revue de pratiques poétiques Le Milieu subtil (=Тонкая Среда), elle a été rédactrice en chef de la revue Sinziver (=Зинзивер) entre 2007 et 2011. Depuis 2011, elle est cofondatrice et modératrice du Club des traducteurs au Centre culturel Andreï Biély à Saint-Pétersbourg. Ses poèmes ont été traduits en anglais, espagnol, lituanien et arménien, et figurent dans divers recueils et anthologies, parmi lesquels La Formation poétique de Saint-Pétersbourg(=Петербургская поэтическая формация), Œuvres complètes. Anthologie de la poésie contemporaine de Saint-Pétersbourg (=Собрание сочинений. Антология современной поэзии Санкт-Петербурга »), À haute voix. Poèmespour soi (=Вслух. Стихи про себя) et Anthologie du haïku contemporain (=Антология современного хайку). Elle est lauréate des prix des revues Futurum ART (=Футурум АРТ, 2008) et Sinziver (=Зинзивер, 2015) pour la meilleure publication de l'année.
Traversée de part en part par une tension presque liturgique, cette suite poétique s'ouvre comme un hortus conclusus, un jardin clos où le sacré se frotte au sensible. De la morsure du chamanisme à l'exil blanc, du rituel millénaire de Tou BiChvat à la pierre vibrante de Rome, chaque poème y est une tentative d’arpenter le monde à tâtons, là où la langue s'efface pour laisser place à l'évidence de la lumière. Une poésie verticale, à la fois charnelle et métaphysique, où le silence des murs s'avère, au bout du compte, plus éloquent que le tumulte des hommes.
Le Verger du Temps
Hortus Conclusus
Accepte-moi
comme jardinière dans Ton jardin
où la Vierge tisse les toiles,
où la Licorne
se blottit contr’elle,
où les co-existences parlent
une langue des bêtes traînante...
***
ton gâteau de chaman
a levé
et a dévoré l’espace
et a séché la parole
si seulement on savait
de quel point du monde
les oiseaux t’appellent…
***
chaque pas vers le pain
chaque dépense
fait mal
ô, prête-moi tes heures
lourdes brûlantes
l’ombre des flammes
c’est le temps
tu deviens l’ombre
du frère-feu
….
ainsi de l’horloge florale
tu te fonds
et deviens une boule de feu
***
émigrer
c’est marcher dans une forêt inconnue
sur la première neige
où est le piège,
la trappe ?
suis-je le gibier ?
j’en mesure la profondeur
à tâtons,
mais bientôt la nuit tombera
arriver,
tant qu’il fait jour,
avant que la peur
ne m’aveugle !
Honkadori (inscription sur une pierre du Jardin japonais)
Prie,
et fleurira
tout ce que tu désires
prie,
et chantera
chacune de tes fleurs !
chansonnette
à G. Kanevski
efface à l’eau de mer
de ta peau mes traces
de tes cheveux roux les touches
les étincelles qui y rôdent
verse les signes d’ocre
jette un peu d’algues
et ancre dans le sable
ton nez chaud pour dormir
***
à Dmitri Tchernychev
La lumière du soleil
d’elle-même
enfante le sens
Dans l’éclat des rayons
s’efface la question :
à quoi bon ?
Mon jardin d’orangers
s’éveille
à Tou BiChvat
Stances romaines
à J. Brodsky
1
ce n'est pas un nom, c'est une note
la sixième dans la rangée de pierre !
Enlève tout ‒
jusqu'au dernier pull
jette-le ‒
sous la langue
il restera le lait et le miel
Sans relâche
la cloche s'élance et résonne
sous la langue,
le lait et le miel
Dans les fonts
s'oublient les mots,
essaiment les sens
dans le champ de forces emmailloté
Qui es-tu
pour venir ici ?
Dans la blanche lumière
plus haut que le cèdre
plus terrible que les astres
2
« Sur la perspective Nevski il fait plus doux » (d'une conversation)
Tu fais surface
sous les traits d’un oiseau voguant vers le couchant,
dans la fusion transparente des eaux,
dans la voix, le brouhaha, la sphère.
La lumière bourdonnant dans la pierre
se souvient du commencement des temps.
Car les palimpsestes des murs tacites
Sont plus éloquents que toi !
Traduit du russe par Valentina Chepiga




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