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Olga Logoch

Olga Logoch (Ольга Логош) est poète, prosatrice et traductrice. Diplômée de l’Université d’État de Saint-Pétersbourg et du Collège universitaire français, elle est titulaire d’un master en histoire. Elle a grandi à Saint-Pétersbourg et vit désormais à Haïfa.

Elle est l'auteure des recueils de poèmes Dans les eaux de bruyère (=В вересковых водах, 2011), La Forêt en vol(=Лётный лес », 2018), La Trompette du silence (=Труба тишины, 2025), ainsi que de recueils de traductions poétiques depuis l’italien et le français vers le russe. Ses poèmes et ses traductions ont été publiés dans de nombreuses revues, notamment Air (= Воздух), Arion (=Арион), Traduction (=Перевод), La Nouvelle Rive (= Новый берег), Deux-points (=Двоеточие ), Futurum Art (=Футурум Арт), Le Pont flottant (=Плавучий мост), LiTERRAtura (=Лиterraтура), Articulation (=Артикуляция), Le Non-contemporain (=Несовременник), The New Review, Shamrock Haiku Journal, Inknagir Literary Magazine, etc. Elle a également publié des traductions de poèmes de Philippe Jaccottet, Paul Éluard, Czesław Miłosz, Pietro Romano, Bob Dylan et d’autres auteurs français, polonais, italiens et américains en russe.

Rédactrice de la revue de pratiques poétiques Le Milieu subtil (=Тонкая Среда), elle a été rédactrice en chef de la revue Sinziver (=Зинзивер) entre 2007 et 2011. Depuis 2011, elle est cofondatrice et modératrice du Club des traducteurs au Centre culturel Andreï Biély à Saint-Pétersbourg. Ses poèmes ont été traduits en anglais, espagnol, lituanien et arménien, et figurent dans divers recueils et anthologies, parmi lesquels La Formation poétique de Saint-Pétersbourg(=Петербургская поэтическая формация), Œuvres complètes. Anthologie de la poésie contemporaine de Saint-Pétersbourg (=Собрание сочинений. Антология современной поэзии Санкт-Петербурга »), À haute voix. Poèmespour soi (=Вслух. Стихи про себя) et Anthologie du haïku contemporain (=Антология современного хайку). Elle est lauréate des prix des revues Futurum ART (=Футурум АРТ, 2008) et Sinziver (=Зинзивер, 2015) pour la meilleure publication de l'année.

 

 

Traversée de part en part par une tension presque liturgique, cette suite poétique s'ouvre comme un hortus conclusus, un jardin clos où le sacré se frotte au sensible. De la morsure du chamanisme à l'exil blanc, du rituel millénaire de Tou BiChvat à la pierre vibrante de Rome, chaque poème y est une tentative d’arpenter le monde à tâtons, là où la langue s'efface pour laisser place à l'évidence de la lumière. Une poésie verticale, à la fois charnelle et métaphysique, où le silence des murs s'avère, au bout du compte, plus éloquent que le tumulte des hommes.

 


 

Le Verger du Temps

 

Hortus Conclusus

 

Accepte-moi

comme jardinière dans Ton jardin

où la Vierge tisse les toiles,

où la Licorne

se blottit contr’elle,

où les co-existences parlent

une langue des bêtes traînante...

 

 

***

 

ton gâteau de chaman

a levé

et        a dévoré l’espace

et        a séché la parole

 

si seulement on savait

de quel     point    du monde

les oiseaux         t’appellent…

 

 

***

 

chaque pas vers le pain

chaque dépense

fait mal

 

ô, prête-moi tes heures

lourdes       brûlantes

 

l’ombre des flammes

c’est le temps

 

tu deviens l’ombre

du frère-feu

 

….

ainsi de l’horloge florale

tu te fonds

et deviens une boule de feu

 

 

***

 

émigrer

c’est marcher dans une forêt inconnue

sur la première neige

 

où est le piège,

la trappe ?

suis-je le gibier ?

 

j’en mesure la profondeur

à tâtons,

mais bientôt la nuit tombera

 

arriver,

tant qu’il fait jour,

avant que la peur

ne m’aveugle !

 

 

Honkadori (inscription sur une pierre du Jardin japonais)

 

Prie,

et fleurira

tout ce que tu désires

 

prie,

et chantera

chacune de tes fleurs !

 

 

chansonnette

                    à G. Kanevski

 

efface à l’eau de mer

de ta peau mes traces

 

de tes cheveux roux les touches

les étincelles qui y rôdent

 

verse les signes d’ocre

jette un peu d’algues

et ancre dans le sable

ton nez chaud pour dormir

 

 

***

       à Dmitri Tchernychev

 

La lumière du soleil

d’elle-même

enfante le sens

 

Dans l’éclat des rayons

s’efface la question :

à quoi bon ?

 

Mon jardin d’orangers

s’éveille

à Tou BiChvat

 

 

Stances romaines

      à J. Brodsky

 

1

 

     ce n'est pas un nom, c'est une note

     la sixième dans la rangée de pierre !

 

Enlève tout ‒

jusqu'au dernier pull

jette-le ‒

sous la langue

il restera le lait et le miel

 

Sans relâche

la cloche s'élance et résonne

sous la langue,

le lait et le miel

 

Dans les fonts

s'oublient les mots,

essaiment les sens

dans le champ de forces emmailloté

 

Qui es-tu

pour venir ici ?

Dans la blanche lumière

plus haut que le cèdre

plus terrible que les astres

 

 

2

 

« Sur la perspective Nevski il fait plus doux » (d'une conversation)

 

Tu fais surface

sous les traits d’un oiseau voguant vers le couchant,

dans la fusion transparente des eaux,

dans la voix, le brouhaha, la sphère.

 

La lumière bourdonnant dans la pierre

se souvient du commencement des temps.

Car les palimpsestes des murs tacites

Sont plus éloquents que toi !


Traduit du russe par Valentina Chepiga

 
 
 

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